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Championnat du monde de TFT : Interview des 4 qualifiés français

À l’occasion du championnat du monde de Teamfight Tactics : Destinées, nous avons interviewé les quatre joueurs français qualifiés pour ces phases finales : Pas de Bol, Lyyyress, Bränk et ZyK0o.

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Le championnat du monde de Teamfight Tactics : Destinées s’apprête à commencer. Le tournoi se déroulera les mercredi, jeudi et vendredi 7, 8 et 9 avril à partir de 14 heures tous les jours, et sera diffusé sur O’Gaming. Nous sommes allés à la rencontre des quatre participants français pour parler avec eux de leur qualification, de leur routine d’entraînement, de la communauté francophone ainsi que des autres joueurs et régions à surveiller.

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« Le fait de finir champion d’Europe, c’était encore plus inattendu »

Pour participer au Championnat du monde, les quatre joueurs français ont déjà dû se démarquer lors du tournoi de qualification européen, ce qui n’était pas forcément aisé. Lyyyress raconte : « Au tout début, quand on était 64, j’avais discuté avec d’autres joueurs qualifiés et on s’était dit 'on n’est pas spécialement confiants sur le patch à ce moment-là, et on avait besoin de bonnes games sinon ça allait être compliqué'. Au final, moi j’ai eu de la chance les deux jours, j’ai commencé avec deux Top 1, donc pour le moral ça met plutôt bien. »

Pour Pas de Bol, qui a finalement remporté le tournoi, rien n’était joué : « Pour moi, le but à la base était d’être dans les 40 sélectionnés pour participer au moins au qualifier. Ça, c’était l’objectif que je m’étais fixé à la sortie du Set. (...) Le fait de finir champion d’Europe c’était encore plus inattendu. » Il précise néanmoins : « Je pense que le fait que je sois passé champion d’Europe n’est pas non plus la plus grosse surprise de ces qualifs. »

ZyK0o, qui a dû passer par le loser bracket, se définit lui-même comme un « outsider ». Il sait toutefois expliquer comment il a réussi à se qualifier : « Je visais un Top 16 donc quand je suis arrivé en demi-finales, j’étais très content et tout le reste c’était du bonus. Je pense que ce qui a joué c’est que les gens qui ont joué la winner finale et sont arrivés dans le loser bracket étaient un peu fatigués, vu qu’ils avaient fait quatre games, alors que nous on était tout frais. Moi je pense que c’est ce qui a joué par exemple pour Voltariux. »

En parallèle, Bränk, joueur du Lille Esport Club, est le seul qualifié français qui avait déjà participé au tournoi de qualification lors du Set 3.5. Il avait toutefois été éliminé de peu lors du premier week-end. De fait, il décrit cette victoire de façon très personnelle : « C’est vraiment une revanche pour moi. »

« Je suis en train de quitter mon taf pour me consacrer pleinement à l’esport »

Avant même que le mondial ait commencé, les joueurs sont confrontés à leur première épreuve : l’entraînement. Puisque le tournoi a lieu en fin de Set, Bränk regrette un manque de compétiteurs : « C’était difficile de s’entraîner en fin de Set. Du coup je joue souvent sur les serveurs américains pour m’entraîner au ping, et parce qu’il y a plus de challengers qui jouent là-bas. Il y a aussi pas mal d’européens qui jouent là-bas, donc on se recroise. » En parallèle, Lyyyress, qui a récemment rejoint la structure IziDream, s’entraîne devant des spectateurs : « En ce moment, j’essaie de stream un peu tous les matins, je fais pas mal de parties. Après, soit je relance des parties dans la soirée, soit je regarde des streams ou des VOD, j’essaie d’analyser du gameplay. »

ZyK0o continue quant à lui de se préparer en regardant les autres joueurs, notamment ses concurrents directs.« J’essaie de me réveiller, je regarde quelques streams et je fais mes games de ladder souvent le soir. Là, on a commencé à s’entraîner avec les autres qualifiés, on fait des petits scrims. », explique-t'il. Les autres qualifiés ont également pu y participer, grâce à une initiative venue d’outre-atlantique. Lyyyress détaille ainsi : « Je crois que c’est le joueur américain MismatchedSocks qui a créé un Discord où il a invité les qualifiés des différentes régions. (...) C’est Bränk qui m’a proposé d’en faire ce matin avec des joueurs coréens et chinois. »

Pour Pas de Bol, ingénieur en cybersécurité, l’entraînement a été compliqué : « Je suis en train de quitter mon taf pour me consacrer pleinement à l’esport. Pour l’instant, je n’ai pas vraiment la pression par rapport aux Worlds. Je suis dans une période où j’ai tellement de choses à faire, je suis en pleine transition au niveau de mon travail, je me suis mis à stream, à rejoindre une structure… » Il a tout de même essayé de faire au mieux durant les dernières semaines : « J’essaie surtout de stream le matin avant d’aller travailler. J’essaie de faire quelques games entre midi et deux et c’est tout, je n’ai pas le temps de jouer sur le reste de la journée. Là aujourd’hui je ne suis pas particulièrement entraîné et ça ne va pas être simple. Après je ne suis pas complètement à l’ouest non plus, je pense que j’ai quand même un bon niveau de maîtrise, mais je ne suis pas à mon top niveau. »


« Pour moi, le meilleur joueur est forcément flexible »

En ladder comme en tournoi, chaque joueur dispose de son propre style de jeu. ZyK0o se décrit comme un joueur qui préfère perfectionner son art plutôt que de se disperser : « J’essaie de jouer des composition assez semblables en termes d’objets, du coup je les slam assez vite, et je flex entre ces différentes compos. Je ne vais pas apprendre de nouvelles compositions que je ne maîtrise pas une semaine avant. » C’est un point de vue partagé par Lyyyress, qui est néanmoins davantage mesuré : « Il y a des compos que je préfère jouer comparées à d’autres. Par exemple, je joue très rarement Mage alors que je joue beaucoup Slayer. (...) J’essaie juste de jouer assez flexible, et après réussir à faire des transitions sur des compositions que je maîtrise. »

À l’inverse, Pas de Bol favorise davantage le fait d’avoir plus d’une corde à son arc : « Pour moi, le meilleur joueur est forcément flexible. C’est quelqu’un qui doit maîtriser toutes les compositions et connaître les limites, les faiblesses et les forces de chacune. Après c’est hyper dur de faire ça parce que ça change souvent, il faut se réadapter à chaque fois, il faut réapprendre plein de compos. Sur chaque patch, même les changements qui peuvent sembler légers ont toujours un impact. Ça se joue à pas grand chose à haut niveau, et ce sont ces petits changements qui font la différence. »

Bränk, qui s’entretient souvent avec Pas de Bol, est du même avis : « Je suis un joueur qui aime beaucoup connaître toutes les compos. Je pars du principe que je vais être moins coincé dans les parties si j’ai un panel de compositions large. Si je connais toutes les compos, il y a certaines sorties qui vont être gratuites et me rendre la partie facile. Si je highroll la compo et que je l’ai déjà travaillée ça va être une autoroute, alors que si je ne connais qu’une ou deux compos je vais avoir des œillères alors que j’avais une partie gratuite pour garantir un Top 3 ou Top 4 facile. J’essaie de minimiser la RNG le plus possible. »

Outre le style de jeu favori, certains joueurs ont également un atout dans leur manche qui leur permettra de se démarquer. Pour ZyK0o par exemple, tout se passe dans la tête. Il explique : « Ma force c’est mon mental. Pendant les qualifications, que ce soit pour le Top 32 ou pour le Top 16 j’avais très mal commencé, j’avais commencé par deux ou trois mauvaises games et après je suis revenu. Donc je pense que c’est ma résistance au tilt qui peut me faire gagner. Sur des games de tournoi où on enchaîne cinq parties, si tu perds les premières et que tu commences à tilt ça influe clairement sur ton jeu. Je me dis qu’on est sur TFT, un Top 1 et t’es relancé. Tout est possible, faut toujours garder ça en tête et si mathématiquement c’est possible de come back, il faut y croire. »

Pas de Bol s’est quant à lui démarqué grâce à ses connaissances fondamentales et ses micro-décisions toujours réfléchies : « Je ne suis pas le plus rapide pour faire mes transitions, je suis pas le plus précis, j’ai tendance à faire des erreurs d’inattention, mais en termes de connaissance sur le jeu, la méta, le placement et même le scouting je suis vraiment au top je pense, et c’est ce qui a fait la différence. (...) Quand j’ai des games où je dois faire de grosses transitions, comme je ne suis pas le plus rapide ou le plus propre à ce niveau, ça peut me porter préjudice, mais quand j’ai des games linéaires je les applique bien. »


« On est la région championne du monde »

Lors du championnat du monde, les représentants français devront affronter les meilleurs joueurs venus des quatre coins du monde, avec chacun leur style à part. Pour Pas de Bol, qui a suivi la plupart des tournois de qualification, certains sont néanmoins plus dangereux que d’autres : « Globalement, on a un gameplay un peu plus aggro que les autres régions en Europe. Le Brésil et la Corée me semblent un peu plus faibles, alors que la Chine et l'Amérique du Nord ont l’air plutôt OK. Je pense que dans les favoris on retrouve Amérique du Nord, Europe et Chine. » 

Lyyyress a également su décrire les différences entre certaines régions : « Chaque région a un style de jeu différent, mais c’est pas une différence si énorme que ça, à part pour la Chine. (...) J’ai l’impression qu’en Chine ils ont un style de jeu vraiment différent de nous. Il y a beaucoup de gens qui vont essayer d’open avec Fortune ou Cultist, et ils vont très souvent jouer autour de carrys 3-cost comme Kalista, Neeko… » Quand on lui demande quelle est la plus dangereuse, il répond toutefois sans sourciller : « C’est l’Europe. On est la région championne du monde. »


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Ce sont d’ailleurs essentiellement des joueurs européens qui sont cités lorsque les français sont questionnés sur les joueurs à surveiller. Pas de Bol explique par exemple : « Pour moi, les quatre qui sont passés par la grande finale sont ceux qui me font le plus peur : Bränk, Lyyyress et Ging. Après ZyK0o et Lallana sont aussi des bons joueurs, donc ce ne serait pas étonnant de les voir en finale. » ZyK0o partage un raisonnement similaire : « Pour avoir beaucoup joué avec les joueurs français je pense qu’ils sont tous dangereux pour les Worlds. Et aussi, il faut le dire, Ging est vraiment monstrueux. Il a été très constant durant les qualifs et à chaque tournoi il perf, par exemple au Twitch Rivals il a fini premier. »

Le joueur turc est en effet sous le feu des projecteurs. Lyyyress ne manque pas de louanges à lui faire quant à son niveau : « Pour moi, en Europe le favori c’est Ging, après ça reste TFT donc tout le monde a sa chance de gagner. Faut voir la forme du jour, les games, c’est possible pour n’importe qui d’avoir une série de mauvaises games et il ne pourra pas prétendre gagner. Il y a quand même un gros facteur de chance. (...) Il était Rang 1 en Europe avec un average sur ses 20 dernières games qui était assez scandaleux. Et même au qualifier EU, il a un style de jeu agressif avec lequel c’est très rare qu’il fasse un bottom. »

« On a la chance d’avoir beaucoup de tournois »

S’il y a toutefois un facteur qui fait que la France a beaucoup de chance de garder son titre, c’est la communauté francophone. Les différents participants ont par exemple l’occasion de s’entraider énormément, comme Lyyyress par exemple qui raconte : « Je me suis entraîné avec pas mal de monde, que ce soit Bränk et Pas de bol qui sont qualifiés, mais aussi Volta, Maxwell, Zididi, IamTLT… C’est un bon moyen de voir comment d’autres jouent, de voir ce qui marche pour eux, de pouvoir discuter de ce qui marche pour toi et progresser grâce à ça. » Pas de Bol explique également que cela l’a énormément aidé : « Ce qui a fait vraiment la différence pour moi autour du Set 3 et 3.5 c’est quand j’ai rejoint une petite structure avec d’autres joueurs comme Bränk, les collègues… C’est à partir de ce moment-là que j’ai vraiment commencé à step-up et à vraiment monter plus haut dans le ladder. »

Outre l’entraide entre les joueurs haut ELO, la France compte également énormément de tournois, avec les Coupes Kennen, les Fresh Cups, les Toon Cups… Bränk considère ces deux facteurs comme décisifs dans sa réussite : « Le fait de jouer beaucoup de tournois aide beaucoup, et le fait de parler avec d’autres joueurs aussi. Pendant les qualifications je jouais beaucoup avec Lyyyress, on a pas forcément les mêmes styles de jeu mais on donne un peu nos visions de jeu chacun et je trouve ça hyper intéressant d’avoir aussi d’autres approches du jeu. Pareil avec Pas de bol. »

En effet, jouer en ladder et jouer en tournoi sont deux exercices très différents, et le fait d’être préparés au second pourrait donner un avantage aux français pour Lyyyress : « Je pense que principalement pour la France on a la chance d’avoir beaucoup de tournois tout au long de l’année qui permettent de nous préparer. En ladder, ça joue vraiment différemment, il y a des gens qui jouent pour le fun, qui regardent une série à côté, et qui ne sont pas vraiment concentrés. En tournoi, tout le monde essaie de scout un maximum, de construire une composition en fonction de ce que les autres jouent au lieu de jouer tout seul dans son coin. » Pas de Bol ajoute également : « En ladder, tu fais une game ou deux, au pire tu tiltes, tu fais des bottoms, t’arrêtes, tu fais une pause. Là tu peux pas, donc ça te force à enchaîner, à jouer et à continuer de donner le meilleur de toi-même peu importe tes résultats. C’est un hyper bon entraînement et ça joue énormément. »

« Je vais essayer de bien représenter la France et de ramener la coupe à la maison »

Le début du tournoi est imminent, et la pression devrait commencer à se faire ressentir pour les différents participants. Heureusement, ils sont toujours appuyés par les messages de la communauté francophone, qui les aident énormément. Pas de Bol tient par exemple à remercier ceux qui l’ont soutenu : « Merci à tous, parce que j’ai reçu plein de messages vraiment gentils d’encouragements, de soutien et de félicitations après mon titre de Champion d’Europe. Les gens veulent qu’on ramène la coupe en France encore une fois.»

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Bränk explique également que c’est cette bienveillance qui l’aide à jouer dans les meilleures conditions possibles : « C’est ce qui fait qu’on se donne à fond, c’est vraiment incroyable d’avoir autant de soutien, de messages d’encouragement… Ça fait vraiment plaisir et c’est ce qui permet de se pousser au maximum. »

N’hésitez donc pas à continuer d’envoyer des messages de soutien aux différents candidats, notamment sur leurs réseaux sociaux : Bränk, Pas de Bol, ZyK0o et Lyyyress. Ce dernier vous le rendra : « Je vais essayer de bien représenter la France et de ramener la coupe à la maison. »






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